INTERVIEW : Paikan & the Sadhus (jazzman 2009)

Un projet rare édité par un label de prestige : ‘’Paikan & the Sadhus’’ sur Jazzman record. Fait inédit en France, un artiste est édité sur vinyle dans le registre du rare groove de l’autre côté de la manche. Quant on sait à quel point ces 30 dernières années, les anglais font la pluie et le beau temps dans ce répertoire, on mesure l’exploit de Paikan. Une interview exclusive pour le plus grand plaisir de nos lecteurs avertis.

Peux tu te présenter ?
Originaire de Paris, j’ai 37 ans et je vie à Toulouse depuis 1995. Guitariste et sitariste, j’officiais comme DJ dans l’electro, puis je me suis dirigé vers mes racines, c’est à dire les musiques nègres (groove, funk, afro-beat…). Depuis 2000, je réalise mes propres productions.

D’où vient ton nom ?
Il provient du roman de SF de René Barjavel « La Nuit des temps ».

Depuis combien de temps te considères-tu comme un musicien professionnel ?
Depuis que je m’intéresse à la diffusion médiatique de la musique. A partir de 1998 je réalise mes émissions sur Campus FM ‘’Acoustiquement vôtre’’. L’écoute des radios libres – en pleine révolution – a contribué a ce changement dans ma carrière. Un moment clef dans mon parcours. La radio m’a ouvert au DJing. J’ai exploré l’electro. Une période où je me suis vraiment éclaté. Une liberté impensable avant. Beaucoup de musiciens sont alors dans un questionnement : Continuer à reproduire du « déjà vu » ou se rapprocher des nouvelles technologies ? Les DJ’s étaient eux aussi dans une démarche novatrice ou le sampling prenait une place importante.

1er français à avoir la chance de signer sur Jazzman, quel est ton ressenti ?
C’est l’aboutissement de plusieurs années de travail mais c’est aussi un début prometteur, une porte vers d’autres réalisations. Une fenêtre sur l’international.

Ta bio mentionne 2007 comme l’année d’un changement dans ton approche de compositeur. Comment en es tu arrivé au «rare groove» ?
Des années de recherche sur la musique noire. Le jazz, le funk, le reggae… J’avais le sentiment que j’étais entrain de me perdre dans l’electro. J’ai décidé de concentrer mon énergie vers la source. Le funk et l’afro-beat. J’ai toujours voulu jouer du groove afro très 60/70’s. J’ai aussi été imprégné de la vague dub-electro hexagonale (Ezekiel, High Tone…) proche du dub jamaïcain. Et puis, je suis un inconditionnel de Jimmy Hendricks.

Est-ce une constante d’intégrer le sitar sur des prods rare-groove ?
Absolument pas. Afro On the Rock qui se trouve sur le maxi de Jazzman ne comporte pas de sitar. J’essaye de ne pas mélanger l’afro beat et l’univers du sitar comme cela a pu exister dans le psychédélisme. Deux univers difficiles à marier. Je pratique le sitar de façon classique (au sens de la musique trad du nord de l’Inde) et j’ai beaucoup de respect pour elle. Les sonorités indie que l’on retrouve sur les prods psyché-pop des 70’s sont jouées à l’occidentale bien que les Beatles aient contribué à leurs diffusions mondiale. Pour ma part, Je cherche d’abord à faire danser les gens. J’essaye d’intégrer le sitar en mixant mes influences afin d’initier le public à d’autres univers. Dés que tu sors d’une idée pop de cet instrument ethnique tu dois concevoir une approche multiculturelle, abordable par tous, indiens comme européens.

Tu maîtrises l’art du DJing et la pratique du home studio. Cela te permet d’avoir une vue d’ensemble sur la création musicale moderne. Peux tu nous donner ton sentiment sur l’évolution en cours ?
A travers les expériences que je viens de décrire, pour moi à l’heure actuelle, le champ de représentation est très kaléidoscopique. Les jeunes pratiquent une mixité culturelle jusqu’à présent réservée à une minorité. C’est au prix du dépassement que j’ai pu basculer de l’apprentissage classique de la guitare à la découverte des musiques noires, du sitar à l’electro. Un travail de défricheur. J’en retire l’envie de partage pour le plus grand nombre.

Arrives tu à vivre de ta création ?
C’est un des buts que je me suis fixé mais ce n’est pas l’essentiel. Nous ne sommes plus au XXe siècle. Les labels signent peu de nouveaux artistes. Si j’arrive à payer quelques factures c’est déjà bien. Ceux-ci dit, vivre de sa création, c’est très aléatoire. Etre professionnel c’est aussi faire des concessions. Mais rien ne m’empêchera de continuer à produire et créer.

C’est quoi le choix, signer sur un label ou s’autoproduire ?
Ce n’est pas antinomique. Même si c’est Universal qui te contacte, du moment que tu gardes ta liberté artistique il ne faut pas avoir de complexe à signer. Le but n’est pas de faire du fric mais de diffuser ton son. A l’inverse, un artiste comme Talvin Singh est retourné à l’auto-prod après avoir signé sur des majors pendant des années.

Quels sont tes projets ?
Je prépare mon album « M. Paikan« . Une reprise de Jean Jacques Perrey et un projet avec les Mothers Funk.

Qui joue dans Paikan & the Sadhus ?
Prince Mamba à la voix, Aldo Guinart sax/flute et Djemz-o à la guitare. Il y a aussi le graphiste Sébastien Laguarde et VS_Price qui ont collaborés.

Comment perçois tu la nouvelle génération d’audiophile ?
Il n’y a plus aucun support, que du virtuel. Quant ils ont un coup de cœur, les gens le gardent en mémoire 2 ou 3 ans, pas plus. La musique est de plus en plus jetable et interchangeable. De fait, l’auditeur lambda à moins d’attirance au son. Donc, une sélection encore plus féroce….

2002 > maxi sur Post Comfort et remix de Bernard Lubat avec La Tricontinental – compil Ode sur Aljama disc (vinyle et cd).
2003 > Kraf : compil Dub Excursion sur Sounds Around (vinyle et cd)
2009 > maxi vinyle sur Jazzman : Paikan & the Sadhus

djpaikan

Propos recueillis par Jean Bernard BASSACH, avril 2009.

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